Une calorie n’est pas une calorie – Faut-il compter ses calories pour maigrir ?

Faut-il compter ses calories pour maigrir ? La question revient souvent et mérite qu’on s’y attarde, d’autant plus que les concepts qui permettent d’y répondre ne sont pas toujours bien compris. Comme d’habitude, je ne vais pas te donner une réponse toute faite. A toi de te faire ton opinion en fonction de ton propre cas de figure.

Une calorie n’est pas une calorie

Le truisme « une calorie est une calorie » est cité depuis les années 60 et repose sur la vieille théorie du nutritionniste allemand Max Rubner qui a établi un modèle qu’il a nommé « lois de l’isodynamique ». Ca signifie que si tu manges 100 calories et que tu n’en dépenses que 90, tu vas maigrir.

Le concept de « une calorie est une calorie » a été utilisé pendant des années directement ou sous la pression de l’industrie agroalimentaire pour normaliser des aliments qui ne sont pas du tout sains. Il signifie que déterminer des proportions de nutriments est inutile ; que 100 calories de glucides, de lipides ou de protides sont juste de l’énergie et se valent.

Son corollaire, « Mange moins, bouge plus » est encore bien présent dans l’imaginaire collectif. Personne ne peut imaginer qu’on puisse maigrir sans manger moins et faire plus de sport. Michelle Obama a bien essayé, au début du premier mandat de son époux, de s’engager contre l’obésité. Très rapidement, comme l’explique Michael Pollan dans « The omnivore’s dilemma », l’industrie agro-alimentaire s’est engagée à aider : elle est venue aider à enseigner la théorie du « calorie-in, calorie-out » (calorie qui rentre/calorie qui sort) et l’importance de l’exercice physique dans les écoles.

Mais tu sais maintenant qu’une calorie n’est pas une calorie : tu as expériementé dans ta chair l’inexactitude de cette affirmation. Une calorie n’est pas une calorie. Si tu n’en es pas persuadé, je te conseille de lire la première partie de Pourquoi on grossit. Gary Taubes décrit plusieurs cas anciens où des personnes sous-alimentées sont obèses.

Premier principe (tu le connaissais déjà, avoue-le) : une calorie n’est pas une calorie =  la répartition des macronutriments de ton alimentation est importante et peut déterminer si, à calories égales, tu vas perdre ou prendre du poids – ou tomber malade.

L’interrupteur à gras

Au lieu de n’obéir qu’à des lois thermodynamiques, le corps humain gère ses stocks avec des hormones. On s’est aperçu par exemple que si on retire les ovaires de rates de laboratoire, elles deviennent obèses en mangeant voracement. Si on restreint leur alimentation, devine quoi… elles deviennent exactement aussi grosses, juste un peu plus rapidement.

Les réserves de graisse, dans la nature, sont gérées soigneusement. Les ours qui hibernent deviennent très gros avant l’hiver parce qu’ils ont besoin de stocks. Mais comme ils ont un métabolisme qui fonctionne normalement, ils utilisent cette graisse pendant l’hiver et se réveillent tout maigres au printemps.

Comme l’a bien expliqué Richard Johnson dans The Fat Switch, les humains fonctionnent de la même manière… sauf que l’interrupteur reste désespérément enfoncé sur « stocker du gras ». Les hormones qui ont permis le stockage du gras continuent de fonctionner à fond – et empêchent aussi le déstockage. Des rongeurs obèses qui sont affamés jusqu’à la mort (oui, je sais, c’est vraiment dégueulasse comme expérience) meurent avec la plupart de leurs tissus adipeux intacts. Gary Taubes note que « lorsque ces animaux meurent de faim – et c’est vrai aussi pour les humains – ils consomment leurs muscles pour fabriquer de l’énergie et ça inclut à la fin le muscle cardiaque. Comme les adultes humains, ces animaux obèses vont plutôt compromettre leurs organes et même leur coeur et leur foie, pour préserver leur graisse » (traduction libre, j’ai le bouquin en anglais).

Autrement dit, ce n’est pas la peine de te sous-alimenter si ton interrupteur à gras est enfoncé, ça ne servira à rien. Ce n’est pas la peine non plus de t’empiffrer, mais tu le sais déjà.

Les calories ne comptent pas si…

  1. Tu peux brûler toutes les calories que tu manges

    Autrement dit, il faut que ton métabolisme au repos, plus ta dépense physique soient supérieurs à ton apport calorique. Le problème, c’est que ton organisme est plus intéressé par ta survie en tant qu’individu que par la possibilité de faire la couverture de Vogue. Si tu réduis trop tes apports, ton métabolisme de base (qui représente l’essentiel de tes dépenses énergétiques) va baisser et s’ajuster. Donc tu manges moins, mais tu dépenses moins, donc tu ne maigris pas. C’est bête, einh ?

    Il parait que Michael Phelps, le nageur, ingurgite 12 000 calories par jour. Même s’il s’entraine intensivement, ce n’est pas avec l’exercice qu’il dépense toutes ces calories : c’est à cause de tous ses muscles qui consomment beaucoup d’énergie au repos. Plus tu te construiras du muscle, plus tu auras une dépense énergétique au repos importante. C’est pour cela que le HIIT est recommandé pour les cétoniens, comme les poids. Ca construit du muscle, qu’on remplit de mitonchondries, qui utilisent le gras pour fonctionner.  Tout ça suppose d’abord que ton métabolisme soit efficace. Parfois, ça prend un peu de temps à réparer ;).

  1.  Tu n’as pas envie de maigrir, finalement

    Dans ce cas, il suffit d’écouter ton corps et d’arrêter de manger quand tu n’as plus faim. La maintenance est assez facile en alimentation cétogène.

  2. Tu as un bon équilibre hormonal

    Ce qui n’est sans doute pas le cas si tu sors d’années de régime hypocalorique et de yoyo. Dans ce cas, il est probable que tu ne recoives pas le message « satiété » de la leptine et tu vas avoir du mal à maigrir en écoutant ton corps parce que soit il boude et ne te dis plus rien (patience, ça va revenir), soit tu es devenu un peu sourd à ce qu’il raconte (ça va s’améliorer).

 

Bref,

Je sais qu’il y a du monde à dire qu’il ne faut pas compter les calories. Je ne suis pas toujours d’accord. Ca dépend des gens. A toi de te faire ta propre opinion.