L’industrie du sucre a rejeté la faute sur le gras

L’industrie du sucre aux Etats Unis a, dans les années 1960, payé des scientifiques pour minimiser le lien entre le sucre et les maladies cardiovasculaires et pour rejeter la faute sur les lipides saturés à la place.

De nombreux auteurs dénoncent depuis plusieurs décennies le « mensonge » qui est à l’origine de la diabolisation des lipides sains, comme les graisses saturées, et la minimisation de l’impact des glucides sur les maladies cardio-vasculaires.

Les Docteurs Volek et Phinney, dans un ouvrage non encore traduit en français The art and Science of Low Carbohydrate living (L’art et la science d’une vie pauvre en glucides) expliquent que, en 1955, lorsque le Président Eisenhower a subi un infarctus, ses conseillers médicaux lui ont dit qu’il devait réduire son apports de gras et de cholestérol – alors que son taux de cholestérol dans le sang et son poids étaient parfaitements « normaux ». En réponse à ce régime riche en glucides et pauvre en gras, le Présient Eisenhower a vu son poids augmenter de même que son cholestérol sanguin. Que lui a-t-on conseillé ? De redoubler d’efforts (dans les 13 ans qui ont suivi, alors qu’il avait suivi les ordres de ses médecins avec un précision militaire, le Président Eisenhower a subi 6 attaques cardiaques jusqu’à ce que l’un d’elles le tue en 1969).

Dans les années 1970, deux études massives ont été menées sur des hommes avec des taux de cholestérol élevés.

  • L’essai sur l’intervention de multiples facteurs de risques voulait étudier la possibilité de réduction des risques d’infarctus dans le cadre d’un régime alimentaire très pauvre en gras, d’exercice physique, d’un contrôle de la pression artérielle et de l’arrêt du tabac. Cette essai était appelé MRFIT. Le résultat au bout de 10 ans a été un faible accroissement du taux de mortablité par rapport au groupe placebo.
  • L’étude sur les recherches cliniques des lipides a testé la combinaison d’un régime alimentaire pauvre en lipides associé à la prise d’un médicament visant à réduire le cholestérol, la cholestyramine. Les résultats, dix ans après ont montré une faible réduction du nombre d’infarctus dans le groupe test mais la mortalité du groupe test et du groupe placebo étaient sensiblement la même (sur 1800 hommes dans chaque groupe, 68 sont morts dans le groupe test et 71 dans l’autre).

Ignorant ces résultats, les lignes de conduite McGovern établies des la fin des années 70 ont incité les américains à suivre un régime alimentaire riche en glucides et pauvre en lipides, suivi par une campagne massive de l’Institut National (américain) du coeur, des poumons et du sang, en 1984.

Les documents découverts récemment par un chercheur de l’Université de Californie et publiés lundi dernier dans le JAMA Internal Medicine, suggèrent que pendant 50 ans, les recherches sur le rôle des glucides dans la nutrition et les maladies cardiovasculaires « pourraient bien » avoir été orientées par l’industrie du sucre.

Les documents montrent qu’un groupe appelé la Fondation pour la recherche sur le sucre a payé trois scientifiques de Harvard l’équivalent de 66 000 € pour publier un rapport de recherches sur le sucre, les lipides et le coeur. Les études utilisées dans le rapport ont été sélectionnées par le groupe sucrier et l’article, publié dans le prestigieux New England Journal of Medicine, minimisait le lien entre le sucre et les maladies cardio-vasculaires en accusant plutôt les graisses saturées.

L’un des scientifiques qui a été payé par l’industrie du sucre, D. Mark Hegsted, est devenu responsable de la nutrition au départment de l’Agriculture en 1977 où il a aidé à établir les lignes officielles de nutrition recommandées par le gouvernement américain, les lignes de conduite Mc Govern.

Dans son livre Pourquoi on grossit, et encore plus dans l’excellent (mais très technique et non traduit en français) Good Calories, Bad Calories,  Gary Taubes explique que ce qui fait que l’on croit qu’un régime équilibré, aujourd’hui, est un régime riche en glucides (même complexes) et pauvre en lipides vient principalement de ces lignes de conduites, car aucune étude ultérieure n’a jamais réussi à mettre en évidence le bénéfice pour la santé qu’il y aurait à réduire ses apports de gras et maintenir élevés ses apports glucidiques, bien au contraire.

Hegsted aurait donc utilisé sa recherche pour influencer les recommandations nutritionnelles gouvernementales américaines, qui soulignent que les lipides saturés mènent tout droit à la crise cardiaque alors que le sucre serait juste constitué de calories vides menant à la carie dentaire.

Dans un éditorial accompagnant cet article, Marion Nestle, professeur de nutrition à l’Université de New York, note que les efforts de l’industrie alimentaire pour orienter la science de la nutrition sont toujours à l’oeuvre.

L’année dernière, un article du New York Time a révélé que Coca-Cola avait versé des millions de dollars pour financer des chercheurs qui cherchaient à minimiser le lien entre le sucre et l’obésité. En Juin, l’Associated Press a rapporté que des fabricants de sucrerie avaient financé des études qui établissaient que les enfants qui mangent des sucreries ont tendance à être moins lourds que les autres.

Les documents qui sont à l’origine de l’article du JAMA sont reliés à plusieurs centaines de pages de correspondance et autres documents que Cristin E. Kearns, une attaché postdoctoral de l’Université de Californie, a découvert à Harvard, l’Université de l’Illinois et autres bibliothèques.

Ces documents montrent clairement, selon le Sydney Morning Herald, que John Hickson, un des dirigeant de l’industrie du sucre, discutait avec d’autres dirigeants d’un plan pour faire basculer l’opinion publique « par nos programmes de recherche, nos programmes d’information et nos programmes législatifs ».

A ce moment, des études avaient commencé à montrer une relation entre les régimes riches en glucides et le niveau élevé de maladies coronariennes.

Le Dr Atkins, notamment, qui avait la chance d’être indépendant des universités et des financements de recherche, avait établi dans son ouvrage Dr Atkins Diet Revolution (1972) qu’un régime pauvre en glucides et riche en protéines et en lipides réduisait considérablement les risques de maladies cardio-vasculaires et l’obésité. Dans leur ouvrage, les Dr Phinney et Volek expliquent que le climat n’était pas très bon pour les travaux du docteur Atkins, notamment en raison du consensus dominant sur la nutrition mené par le Dr Frederic Stare de Harvard et le Dr Theodore Van Itallie de Columbia décrivant de plus en plus les régimes faibles en glucides comme dangereusement élevés en gras.

De nombreuses études indépendantes montrent depuis plusieurs décennies que les glucides, et le sucre en particulier, sont probablement à l’origine de ce que l’on nomme l’épidémie d’obésité, mais également du diabète, de la maladie d’Alzheimer, de l’hypertension et de bon nombre de maladies auto-immunes. Cette découverte confirme ce que beaucoup de journalistes avaient établi : une collusion entre l’industrie, des scientifiques et un gouvernemement au détriment des citoyens consommateurs.

 

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