Faut-il avoir peur de l’alimentation cétogène ?

2018 aura été l’année de l’ouverture de la France à l’alimentation cétogène. On en entend parler de plus en plus, les magasines féminins se penchent dessus, non sans raison : ça fait maigrir.

Il parait que le rêve de toute femme n’est pas de rencontrer le Prince Charmant, mais de manger sans grossir… et, effectivement, une alimentation cétogène bien formulée permet cela.

Mais soyons clairs : je ne fais pas partie des acharnés qui pensent que c’est LA panacée et que l’humanité entière devrait s’y soumettre. Je ne pense même pas que le Low-carb soit La voie à suivre pour l’humanité entière.

Nous sommes tous différents, ce qui fait que telle ou telle alimentation nous sera mieux adaptée. Ou pas.

Je n’ai pas de problème avec ma voisine végétarienne ou ma copine qui mange kasher, et mes enfants mangent des glucides, mon mari est même plutôt low fat. C’est te dire si j’ai les idées larges.

Par contre, ce qui me hérisse, c’est que des personnes qui n’y connaissent manifestement rien se posent en expert et racontent n’importe quoi juste pour recruter pour leur chapelle.

Le dernier article en date – celui qui me fait sortir de mes e-gonds-, est celui de l’Express  intitulé « Régime cétogène- Attention danger ». Je ne vais même pas te donner le lien, parce qu’ils pourraient croire qu’ils ont écrit un truc intéressant alors que c’est un ramassis d’inexactitudes et d’approximations.

Deux « spécialistes » ont été invités par un périodique a priori fiable et sérieux à s’exprimer sur le sujet : une diététicienne et un médecin.

Au début, ça commence plutôt bien, la diététicienne parle d’un régime qui se base sur une alimentation pauvre en glucide et très riche en lipides et le médecin explique qu’il s’agit de limiter l’impact de l’insuline et réduire le taux de glucose dans le sang.

Bon réduire le taux de glucose dans le sang, je ne sais pas toi, mais moi ça n’a jamais été mon objectif. Eviter les pics de glycémie, oui, mais le taux de glucose, on s’en fiche un peu surtout que les appareils de mesure qu’on trouve pour la maison sont aussi fiables qu’un doigt mouillé pour trouver le sens du vent. Mais passons.

Ensuite, ça se gâte : on nous affirme que les glucides doivent représenter 50-55% des apports. Bon, ok. Pourquoi ? D’où tu tiens ça  à part des recommandations issues des travaux de Ancel Keys et des recommandations nutritionnelles américaines subventionnées par l’industrie du sucre ? On ne saura pas, dommage. Puis la diététicienne note qu’on ne prend que 3% de glucides avec ce régime.

Alors là, tout s’éclaire. Cette brave dame s’est trompé. Elle a du ouvrir son livre de la Parfaite diététicienne – ou bien La Diététique pour les nuls, allez savoir, en édition limitée version 1935, qui explique le régime cétogène… pour les patients atteints d’épilepsie. Autre hypothèse, elle a lu Le régime cétogène contre le cancer, et elle n’a pas percuté que pour les personnes qui ne sont pas atteintes de cancer, on peut taper les 5%. Tu vas me dire, c’est pas beaucoup quand on annonce 50 à 55% des apports en glucides, tu as raison, je chipote. Il n’empêche qu’on part avec deux hypothèses de départ qui sont fausses :

  1. La nécessité de manger des glucides n’est attestée par aucune étude scientifique, c’est juste une affirmation qu’on croit vraie parce qu’elle est ancienne. Un peu comme on pensait que la Terre était plate avant que Galilée ne vienne donner un coup de pied dans la fourmilière.
  2. Avec une alimentation cétogène non thérapeutique (=pas faite pour soigner), on se fiche un peu des pourcentages. Ce qui compte, c’est de manger moins de 20 g de glucides par jour.

Et puis le festival de bêtises prend de l’ampleur. Les énormités qui suivent sont tellement énormes que je m’étonne même d’avoir relevé cette histoire des 3%.

Histoire de bien faire flipper la ménagère qui lit ledit hebdomadaire, on nous raconte toutes les horreurs qui risquent de nous arriver si par malheur ou mégarde, nous décidions d’outrepasser l’avis ouvert et éclairé de nos bons spécialistes :

  • « manque de fibres, donc problèmes de digestion, de constipation ou au contraire de diarrhée ». Je ne sais pas toi, mais les problèmes évoqués, je les rencontre plutôt quand je mange des glucides, alors que le pire que je mange, c’est des pommes de terre (=fibres) ou du pain au levain (c’est presque low carb tellement l’IG est bas). Je pense qu’elle n’a pas percuté qu’en alimentation cétogène on mangeait PLEIN de légumes verts et donc PLEIN de fibres. Et je fais de beaux cacas, merci madame.
  • manque d’apports en anti-oxydants : ça tombe bien, la nécessité des anti-oxydants est principalement dictée par le métabolisme du sucre dans les mitochondries. L’alimentation cétogène a les propriétés de réduire considérablement la production de radicaux libres et donc la nécessité d’anti-oxydants exogènes (la présentation de l’alimentation cétogène par sott ou celui de paléophil expliquent ça en détail).
  • risque d’hypoglycémie suite à un apport trop bas en sucre : ça, c’est le pompom. Le principe de l’alimentation cétogène c’est la suppression des pics de glycémie (=augmentation brutale du taux de sucre dans le sang). L’hypoglycémie est typique de l’alimentation glucidique : on mange beaucoup de glucides => augmentation brutale de l’insuline => chute de la glycémie (=le glucose sanguin est poussé dans les cellules pour fournir de l’énergie ou être transformé en cellules graisseuses qui se logent vous-savez-où) = hypoglycémie.
    En alimentation cétogène, la glycémie a tendance à baisser quand on change d’alimentation puis à rester stable tout au long de la journée. Donc pas de risque de coup de pompe 😀 (sauf en cas de diabète évidemment, dans ce cas, il vaut mieux se faire suivre par un médecin qui vous aidera à effectuer la transition en douceur). Un article écrit à l’époque des dinosaures suggère même une alimentation cétogène dans le cadre des hypoglycémies chroniques…

Histoire de bien enfoncer le clou, le périodique en question sort la Grosse Bertha : un médecin spécialiste au centre de lutte contre le cancer. Tu te dis, bon, enfin, on va avoir des arguments plus nuancés et scientifiquement établis. Ben non. « Sur le long terme on risque un excès de lipides, des carences ou (…) la malnutrition. Si la personne est déjà en surpoids, l’effet peut être délétère sur son hypertension ».

Là, je t’avoue, j’ai scrollé jusqu’en haut de l’article (tu ne crois pas que je vais participer au massacre des arbres pour lires des conneries désinformations pareilles sur un exemplaire papier). Je me suis dit : « Tiens, j’ai insensiblement switché vers un article sur l’alimentation occidentale moderne. Je t’avoue que je ne vois aucune explication à ce que ce médecin raconte. Le journaliste a du se mélanger les citations, c’est pas possible autrement ».

Enfin, le pompom, c’est que « les corps cétoniques vont acidifier le corps ce qui va causer des problèmes articulaires, de l’acidose ou des maladies métaboliques comme le diabète ».  Oui, oui, tu as bien lu. On a une explosion des cas de diabète pendant que l’humanité s’empiffre de glucides et de graisses polyinsaturées et ce qui cause le diabète, c’est de manger des avocats, de l’huile d’olive et du foie de veau… Comme dit Maman, il vaut lire ça qu’être aveugle mais c’est limite.  Au point où on en est, on pourrait rajouter les risques de maladies cardio-vasculaires, d’AVC ou même de sclérose. Je me demande bien pourquoi ils ont oublié de mentionner que l’alimentation cétogène entraine une combustion spontanée du cerveau ou une liquéfaction du scrotum. Au point où on en est…

Histoire de bien enfoncer le clou, le journaliste fait un savant amalgame (quand je dis savant, je rigole, einh 🙂 entre alimentation cétogène et refus de viande et de produits laitiers. Si elle savait la quantité de bacon que je mange toutes les semaines, celle-là, elle réviserait illico son affirmation. Je te rappelle qu’une alimentation cétogène, c’est moins de 20 g de glucides, environ 1 à 1,8 g de protéine par kilo-que-tu-pèses par jour et à peu près autant de lipides que tu veux (si tu veux maigrir, ne force pas la dose – mais on en parlera un autre jour).

Pour finir, si jamais tu avais encore envie de manger du gras et pas de sucre, on va te parler du cholestérol. Là, on repart dans les approximations et les affirmations sans preuves qui ont été largement démontées par les études scientifiques de ces dernières années ou leur ré-étude : le cholestérol, ça cause des maladies cardio-vasculaires et le régime cétogène est « déconseillé en cas de souci de cholestérol car il va accélérer et intensifier les risques déjà encourus ». Je ne vais pas développer ici, j’en parlerai bientôt, mais je te renvoie vers des articles en anglais comme celui-ci, qui constate une amélioration des constantes lipides au bout de 2 ans ou encore celui-là voire celui-ci.

Bref, encore une fois, une « journaliste » qui montre un désespérant parti pris, qui ne cherche pas du tout à aller voir plus loin que ses cours de 3ème sur la nutrition et surtout pas à s’adresser à une diététicienne qui connait cette alimentation.

La réponse à ma question du début est : non, le régime cétogène non thérapeutique est absolument sans danger.
Le régime cétogène thérapeutique aussi dans 99% des cas, mais consulte-ton médecin quand même, pas pour lui demander son avis, pour qu’il te suive ;).

8 thoughts on “Faut-il avoir peur de l’alimentation cétogène ?”

  1. Regine dit :

    😀 Je ne voudrais pas paraître complotiste mais vraiment je me demande souvent si des gens bien placés, intéressés et mal intentionnés commandent ce genre d’articles de désinformation à ces journalistes… Ou si simplement c’est plus facile pour ces derniers d’écrire ce genre d’âneries plutôt que de faire un vrai boulot d’investigation sur le sujet. En tout cas, excellent article ! Merci, j’ai passé un bon moment à te lire, j’ai bien ri en plus.

    • lebongras dit :

      Il y a probablement une part industrielle qui essaie de sauver son bout de gras, mais surtout un effroi général face au changement. Et reconnaître que les glucides ne sont pas bénéfiques pour la santé alors que le gras l’est est un changement de paradigme fondamental qu’on préfère tout rejeter en bloc. Comme l’explique Estelle, les études en France sont hyper formatées, on croit qu’il y a un consensus et que ce qui est cru par tous et partout est forcément vrai. La nutrition, dans des études de médecin, c’est quelques heures. Techniquement, on en sait probablement plus que tous les médecins généralistes lambda voire un paquet de spécialistes 😉

  2. Chère amie,

    Vous écrivez « Nous sommes tous différents » un peu comme une vérité de La Palice. Et pourtant cette phrase facile est si corrompue si fausse.

    En Afrique vous prenez un cercle d’un diamètre d’un kilomètre. Dans ce cercle où habitent quelques centaines de chimpanzés, vous trouverez moins de diversité génétique entre eux qu’entre les quelques 7 milliards d’êtres humains sur la planète. Quand on songe que les différences génétiques entre les chimpanzés et nous est de moins de 2%, votre propos n’a aucun sens. Nous sommes (les humains) beaucoup plus semblables les uns aux autres que différents.

    • lebongras dit :

      Cher Gilbert, vous chipotez, mais je sais que c’est votre manière d’être. <3
      Etre plus semblables que différents n'empêche pas d'être différents. On est surtout semblables, ok. Mais nous sommes également différents 😉

  3. Estelle Castellanos dit :

    Bonjour !

    Je vous suis depuis quelques temps, ravie d’avoir pu enfin découvrir des articles sur l’alimentation cétogène de qualité !
    Je suis moi-même diététicienne, fervente convaincue et pratiquante du céto depuis longtemps, même durant mon BTS (j’en ai même fait mon sujet d’étude personnelle pour le mémoire de fin d’études…). Je vous laisse imaginer ce que j’ai pu endurer durant 2 ans, entre mes professeurs qui chérissent le PNNS aveuglément, mes camarades de classe qui prenaient pour argent comptant la moindre info émanant d’un livre (ou d’un magazine), mes maîtres de stage (convaincus des douteux bienfaits des repas servis en hôpital et des compléments nutritionnels oraux), et enfin, des examinateurs que j’ai eu le jour de ma soutenance (ponctuée d’un 9, signe que mon sujet favori est mal passé !). Mais qu’importe, je me suis toujours défendue en argumentant de façon scientifique et raisonnée, ce à quoi ils avaient souvent peu de répartie. Le BTS diététique en France est une catastrophe, on ne nous forme à rien à part appliquer bêtement des recommandations sans fondements scientifiques, à aucun moment nous ne sommes formés à réfléchir par nous-mêmes ! J’ai donc pris sur moi et je continuerai à le faire en étant diététicienne. Les gens qui me consultent disent souvent, avant même que je n’ai pu donner mon avis sur leur habitudes alimentaires « Vous savez, je ne mange pas de beurre, ni de gras, j’ai horreur de ça ! » De peur que la grande méchante diététicienne les gronde pour avoir ajouter un filet d’huile d’olive dans un plat… Je crois donc que mon plus grand combat désormais sera de dépoussiérer, démystifier cette image qui nous colle (et souvent à juste titre malheureusement vu mes confrères…).
    En tout cas merci, et continuez ainsi ! 🙂

  4. Asitoma dit :

    Pertinent et très drôle.
    Merci

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *