Faut-il avoir peur de l’acido-cétose ?

En annonçant que tu suis un régime cétogène, si ce n’est déjà fait, tu vas forcément être mis en garde contre l’acido-cétose.

Très grave.

Mortel.

Il faut que tu arrêtes de manger n’importe quoi.

Pour peu que tu décides de jeûner un peu et de mesurer tes taux de cétones, tu vas voir ton taux grimper en flèche. 3mmol/l. 5mmol/l. 8mmol/l. Est-ce que je vais mourir ?

Et ton médecin va te le dire : le régime cétogène, c’est dangereux à cause de l’acido-cétose.

Loin de moi de dénigrer les professions médicales, ni les conseils de Tante Georgette, mais j’ai remarqué que beaucoup de ces avis sont en fait de simples opinions qui ne sont basées sur aucune réalité ni aucun fait précis.

L’acido-cétose, c’est une accumulation de cétones dans le sang, qui peut, à des taux extrêmement élevés, entraîner la mort. C’est une réalité. L’acido-cétose est un état pathologique (=ça ne va pas) potentiellement mortel alors que la cétose est un état physiologique (=normal) parfaitement soutenable sur le long terme.

Autrement dit, l’acido-cétose n’a rien à voir avec la cétose, mis à part le fait que les deux impliquent des cétones.

L’acido-cétose diabétique, comment ça fonctionne ?

En cas de jeune ou d’élimination des glucides de l’alimentation (moins de 20 g net par jour), le taux d’insuline (l’insulinémie) chute, ce qui permet au corps de mettre en route la voie catabolique (=utiliser ses propres réserves) : les acides gras sont transformés en cétones pour alimenter les muscles et notamment le muscle cardiaque, le glucose manquant est apporté par la néoglucogenèse hépatique.

Comment ce processus est-il contrôlé ? vas-tu me demander. Comment est-ce que le corps sait qu’il doit cesser de fabriquer des cétones ? Les cétones entraînent une sécrétion d’insuline (et oui :D) qui freine la lipolyse (=la transformation des acides gras en quelque chose d’autre).

On obtient une réaction en boucle :

  1. Réduction de la sécrétion d’insuline
  2. Augmentation de l’utilisation des acides gras
  3. Augmentation de la cétogenèse
  4. augmentation de la sécrétion d’insuline
  5. Baisse de l’utilisation des acides gras
  6. Baisse de la cétogenèse

et ça repart.

Là où ça coince, c’est quand la sécrétion d’insuline ne repart pas, par ce que non seulement il y a accumulation de cétones, mais également hyperglycémie (en premier lieu parce qu’il n’y a pas de transport du glucose dans les cellules en l’absence d’insuline -je te rappelle que l’insuline, entre autres rôles, se charge de faire entrer le glucose dans les cellules – , en second lieu parce que le foie dégrade le glycogène pour alimenter le corps en glucose, en troisième lieu en raison de la néglucogenèse).

Autrement dit, le problème de l’acido-cétose est avant tout un problème de production et de régulation de la production d’insuline. Dans un organisme en bonne santé, la production d’insuline par l’organisme est suffisante pour prévenir une formation trop importante de cétones ( Frise CJ, Mackillop L, Joash K, Williamson C. Starvation ketoacidosis in pregnancy. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol 2013;167:1–7)

Ce problème touche les personnes atteintes de diabète de type 1 et parfois les personnes atteintes de diabète de type 2 lorsque leurs besoins en insuline augmentent brutalement, à la suite d’une pathologie grave. C’est la raison pour laquelle il est important de vous faire suivre par un médecin compétent en alimentation low carb et/ou cétogène lorsque vous présentez l’une ou l’autre de ces pathologies.

L’acido-cétose alcoolique

Une autre cause d’acido-cétose qui est rarement évoquée, est l’acidocétose alcoolique. Trois facteurs sont nécessaires au développement d’une acido-cétose alcoolique : un alcoolisme chronique avec augmentation récente de la consommation d’alcool, une période de jeûne (volontaire ou consécutif à des troubles gastriques, vomissements importants, etc.), une hypovolémie (baisse du volume circulant). Les mécanismes hormonaux et biochimiques sont expliqués en détail ici.

L’acido-cétose chez la femme allaitante

Enfin, la troisième cause d’acido-cétose a été observée extrêmement rarement chez des femmes allaitantes et jeûnant ou ayant subi une chirurgie bariatrique. La littérature a ce sujet rapporte seulement cinq cas, ce qui souligne la rareté de cette dérive pathologique (voir ici).

En résumé, ce qui ressort de la littérature, c’est que :

  • si tu es diabétique de type 1, tu as normalement été informé des risques importants d’acido-cétose. Une alimentation cétogène est possible avec une amélioration très nette du diabète, mais uniquement sous surveillance médicale.
  • si tu es diabétique de type 2, les risques dépendent fortement de ton insulino-résistance et de ton état de santé général. Il vaut mieux voir un médecin avant et être suivi médicalement.
  • si tu es alcoolique, pends un avis médical et résoud plutôt tes problèmes les uns après les autres. Qui trop embrasse mal étreint.
  • si tu allaites, augmente les doses de glucides et passe plutôt en low-carb. Fuis toute restriction calorique importante. Une chose après l’autre.
  • si tu n’as pas de diabète ou d’alcoolisme et si tu n’allaites pas : tu peux y aller. Si ça t’inquiète, investis dans un petit appareil à mesurer les cétones plutôt que dans des bandelettes (pas fiables).

Ce schéma tiré des travaux du Dr Phinney pour te rappeler les niveaux de cétone attendus :

  • la cétose nutritionnelle (=induite par une réduction des apports de glucides mais on continue de manger) commence entre 0.5 et 1.0 mmol/l.
  • La cétose nutritionnelle optimale se situe entre 1 et 3mmol/l. Ca dépend de chacun. Ca n’a rien à voir avec une éventuelle perte de poids.
  • Lorsque tu fais de l’exercice, ton taux de cétones augmente. C’est normal.
  • Lorsque tu jeûnes, le taux de cétose augmente fortement, souvent jusqu’à 8 mmol/l.
  • A partir de 10 mmol/l, on commence à parler d’acido-cétose.

Pour en savoir plus

1 thought on “Faut-il avoir peur de l’acido-cétose ?”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *